Le Tell, cargo, 76m de long

Temps de navigation : 5 Minutes, profondeur : 5m-18m

Le Tell

Le Tell au temps de sa splendeur 
(Le Tell - Collection de Bernard BERNADAC)


HISTOIRE

La Compagnie de Navigation Mixte a une très vieille histoire. Pourquoi mixte ?

On pourrait penser que cette vénérable compagnie marseillaise, créée par Louis ArnaudAuguste et Félix Touache au milieu de notre XIXème siècle, avait comme motivation de concilier voile et vapeur, gros voiliers et petits cargos... Et non ! Le choix de ce terme fut plus technique.  Il s'agissait de mettre en pratique un concept unique de motorisation, dont le brevet fut acheté fort cher : la vaporisation était justement "mixte", tout d'abord à base d'eau puis, ensuite, pour récupérer les dernières calories, d'éther, liquide éminemment volatil et dangereux. A la suite de plusieurs incendies et de pertes corps et biens, cette invention explosive, du fait du risque inhérent au second système évaporatoire fut bien vite abandonnée.

 
Source : 100 épaves en Côte d'Azur de La Ciotat à St Tropez 
Anne et Jean-Pierre JONCHERAY

En outre, l'invention des machines dites "à multiples expansions" rendait obsolète l'emploi de fluides autres que l'eau. Le premier de ces navires s'appelait le Du Tremblay (qui effectua son premier voyage sur Alger en 1852 !) et le second l'Atlas.

Sait-on aussi que l'ancêtre des pétroliers français, la Radioleïne, fut armé par la "Mixte" en 1910 ?

Bref, en 1857 la "Compagnie" est la seconde de France et, en 1858, elle possède dix navires. Principalement axée sur le cabotage avec l'Algérie, elle arme aussi des lignes sur le Brésil.

La machine à vapeur développe près de mille chevaux, impressionnant pour l'époque... Une cheminée interminable et des superstructures basses caractérisent le bâtiment, par ailleurs gréé en deux mâts car, en ce temps là, la voile donnait un sacré coups de main à la vapeur ! Il s'agit du TELL.

On aurait pu croire que le TELL était indestructible, si l'on en juge par sa carrière parsemée d'échouages, de naufrages et de collisions, dont seulement les plus importants sont signalés ici.

Le vapeur a à peine une dizaine d'années lorsque, le 8 octobre 1889, il s'échoue à proximité du phare de Djidjelli en Algérie, par fort vent de nord-ouest et temps brumeux. Il est alors déséchoué.

Le 24 mai 1893, il s'échoue à l'embouchure du Rhône, au lieu dit Montille de Roustan. Allant de Sète à Marseille, avec un équipage de trente hommes, il talonne sous l'orage mais est déséchoué par un remorqueur et deux vapeurs.

Le 18 mai 1899, sortant du port de Marseille, il entre en collision avec le bâtiment espagnol CABOPENAS de Séville, pour une histoire controversée de refus de priorité. Les dégâts sont importants, l'affaire sera jugée, la sentence conclura aux torts réciproques.

Sept mois plus tard, le 10 janvier 1900, de retour de Naples avec 34 hommes d'équipage, 16 passagers et 150 tonnes de marchandise, il arrive à Marseille par fort mistral, mouille en attente à l'Estaque. Une ancre casse. Le TELL tente d'entrer au port et s'échoue lamentablement au Fort Saint-Jean, au lieu-dit "LesPierres Plates". L'ange gardien qui le suit (sacré boulot !) depuis plus de 20 ans apaise le mistral et le remorqueur Salinier déséchoue le cargo. Il n'y a que quelques tôles tordues et deux pales d'hélice brisées.


LE NAUFRAGE

Naufrage du Tell vu par Bernard BernadacLe 25 décembre 1913, le TELL subit son ultime échouement. Il a déjà 34 ans, ce qui n'est pas mal pour un cargo à vapeur, mais c'est encore un bon navire. Ses 38 hommes d'équipage, commandés par le CapitaineODDOU, le mènent de Nice à Marseille. Il y a à bord 600 tonnes de chaux et des fûts vides, à destination d'Alger via la capitale phocéenne.

Le vent d'est souffle avec violence. La nuit tombe. La brume enveloppe le navire qui avance au ralenti. Au large de la presqu'île deSaint-Tropez, et en particulier à l'approche des caps, le ressac et les courants laissent très peu de latitude aux marins, pussent-ils avoir mille chevaux à l'hélice !

Vers 5 heures du matin, le cargo s'encastre doucement entre le cap Camarat et la Roche Fouras, sur un écueil qui borde celui-ci. L'équipage met les embarcations à la mer et va se réfugier à la terre. En réalité, lorsque l'on connaît la puissance de la mer en cet endroit, on conçoit que le navire n'ait plus aucune chance. Le remorqueur Marseillais 28, qui vient de conduire des chalands àSaint-Tropez, et un autre navire de la Compagnie, le Mustapha, dérouté spécialement d'Alger, ne pourront rien tenter, pas plus que le Walkyrien, spécialisé dans les remises à flots. Le TELL s'enfonce rapidement. Seul, un mât sort de l'eau.

L'imminence de la Première Guerre Mondiale fera vite oublier ce modeste naufrage et, plus tard, un autre TELL sera lancé, qui disparaîtra en 1944.

 

 

La Compagnie de Navigation Mixte a subi de nombreuses transformations (fusions, changements de statuts) et elle demeure un acteur important de la vie maritime.